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  • : Le blog de bouchet
  • : G. Bouchet la vie muncipale de Valence. Des réflexions sur la vie politique locale, départementale, nationale.
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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 11:04

Le Dauphiné Libéré du jour fait sa une sur un aspect jusqu’ici négligé de la Loi « Travail ».

Un article de ce projet de loi rendrait désormais licite, au sein de l’entreprise, l’expression de ses convictions religieuses par un salarié. Une telle disposition si elle devait aboutir serait un encouragement manifeste au communautarisme et aux pratiques les plus rétrogrades qui menacent aujourd’hui notre société.

La laïcité doit s’appliquer dans l’entreprise qui est certes un espace privé mais d’un type particulier puisqu’y voisinent et y cohabitent toutes les diversités. Vouloir la laïcité, c’est-à-dire la neutralité de l’espace commun, ce n’est pas demander au croyant le renoncement à ses croyances. C’est lui réclamer la discrétion dans l’expression de celles-ci sur le lieu de travail. Un salarié a le droit d’avoir à ses côtés un collègue et non un croyant qui expose ses croyances. À cet égard, la laïcité est un rempart contre les discriminations, de même qu’elle garantit une égalité de traitement de tous

La religion est libre dans la conscience de chacun, dans les lieux privés, les lieux de culte et, très largement, dans l’espace public. Serait-ce une entrave inacceptable que de la restreindre dans l’entreprise, comme cela est déjà le cas dans les services publics ? Toute liberté peut faire l’objet de restrictions. Une loi qui imposerait la laïcité dans l’entreprise n’enfreindrait a priori aucune norme supérieure. La Cour Européenne des droits de l’homme a déjà eu l’occasion de valider la loi de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, notamment le port du voile intégral, en se fondant sur le « vivre ensemble », et donc la « protection des droits et libertés d’autrui ».

Il est des principes si essentiels qu'ils méritent d'être réaffirmés lorsqu'ils sont contestés, et mis à mal par ceux-là même qui devraient les défendre. Tel est le cas du principe de laïcité, qui a toute sa place dans l'entreprise. Il faut retirer cet article du projet de loi (comme tout le projet de loi d'ailleurs !)

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 07:19

Un des lecteurs de mon intervention publiée dans le magazine mensuel de la FOL-Ardèche de mars, me dit son opposition à ma référence à E. Quinet et à mon expression : l’école doit contribuer à l’unité nationale.

Selon lui, parler d’unité nationale, c’est confondre les bourreaux et leurs victimes. C’est « jeter par dessus bord tout ce qui dans L’histoire démontre que cette unité nationale n’est que le produit de la force la plus brutale. »

Il conteste aussi mon approche de la question de la place des langues minoritaires et mon refus de ce qu’elles « se voient dotées d’un statut égal à la langue nationale commune et que leur emploi soit encouragé dans la vie publique. Il écrit : « L’école n’a pas à former des citoyens d’un pays limité et éphémère, mais des habitants du monde entier.» En privilégiant le français, l’école serait conviée « à perpétuer la divisions en nations.»

On sent bien la volonté d’universalisme qu’il y a derrière ces critiques.

Dans ma réponse à mon « contradicteur », je lui fais observer que, certes, la violence est évidemment à l’œuvre dans l’histoire de notre Nation, personne ne le nie, mais pour autant, la violence n’explique pas, à elle seule, la construction de la France : la fête de la fédération a bel et bien existé. Par ailleurs, je lui rappelle ce propos de Jaurès qui, en 1911, écrivait dans une revue pédagogique : «… la réalisation de l’unité humaine ne sera féconde et grande que si les peuples et les races, tout en associant leurs efforts, tout en agrandissant et complétant leur culture propre par la culture des autres, maintiennent et avivent dans la vaste Internationale de l’humanité, l’autonomie de leur conscience historique et l’originalité de leur génie. »

Il n’est donc pas question de masquer les errements, les erreurs, les contradictions, de notre histoire nationale mais il n’est pas question, au prétexte de ces erreurs, de ces errements et de ces contradictions de renoncer à comprendre ce qui fait que nous constituons une communauté nationale. Il n’est pas question de s’enfermer, du fait de ces erreurs et de ces contradictions, dans la mauvaise conscience entretenue et le masochisme morbide.

La prétention à l’universalité, qui est la vocation de l'idée laïque, ne doit pas nous conduire à abandonner l’idée de nation à ce qui veulent la dévoyer en nationalisme, ni l’idée de patrie à ceux qui veulent la caricaturer sous la forme du chauvinisme.

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 11:29

Un certain nombre de personnalités ont pris l’initiative de publier une appel « Pour un printemps républicain ».

On peut signer cet appel à l’adresse suivante : http://www.causeur.fr/manifeste-pour-un-printemps-republicain-37179.html

2015 fut une année tragique. Les attentats qui ont par deux fois ensanglanté Paris ont introduit au cœur de notre pays ce terrorisme islamiste qui répand partout dans le monde son projet mortifère. Face à cette menace désormais pressante et permanente, la réaction de nos compatriotes a été admirable. Il n’y a eu ni panique ni fuite en avant.

Seuls les faiseurs et défaiseurs identitaires de tous bords ont tenté de profiter de l’occasion pour faire encore progresser leurs idéologies délétères. Que ce soit en avançant des explications toutes faites et des causalités douteuses, ou en niant la réalité des faits et leur portée politique. L’extrême droite comme l’islamisme politique sont à la manœuvre pour tenter de jouer avec les peurs et les tensions qui traversent la société française.

A chaque fois, c’est la République qui est attaquée. A chaque fois, ce sont ses principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de solidarité qui sont pris à partie. C’est son esprit laïque qui est mis en cause. A chaque fois, ce sont ses défenseurs qui sont pointés du doigt.

Face à ces attaques répétées et convergentes, il y a urgence. C’est pourquoi nous avons décidé de réagir collectivement en unissant nos forces, celles de tous ceux qui refusent de baisser les bras face aux atteintes contre la République et ses principes. Les principes qui forment notre commun, par-delà nos différences.

Face à ces attaques répétées et convergentes, il y a urgenceIl y a quelques années encore, la laïcité était comme l’air que nous respirons, une évidence. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Remise en cause de toutes parts, manipulée à des fins politiques par certains, attaquée à des fins religieuses par d’autres, ignorée de beaucoup par indifférence, elle ne semble plus défendue que par quelques-uns, dont nous sommes, bien évidemment. Mais nous voulons plus et mieux. Nous voulons qu’elle redevienne l’affaire de tous et de chacun, qu’elle reprenne toute sa place au cœur de notre contrat civique et social.

Si nous-mêmes venons de la gauche et sommes soucieux de son état actuel – et plus encore de l’éloignement de certains, en son sein, par rapport à ces principes républicains –, notre démarche s’adresse à tous. Elle n’entend pas nier les différences, nombreuses, d’appréciation ou d’orientation politique. Il nous paraît néanmoins indispensable de repartir du fondement même de notre contrat civique et social : la politique doit redevenir première et primordiale si l’on veut à nouveau pouvoir débattre librement et efficacement des options possibles et souhaitables de notre politique économique et sociale notamment.

Le temps est donc venu de l’affirmation de principes, clairs, précis et déterminés, de principes pour l’action. Une action de citoyens libres et souverains en faveur de la laïcité et, au-delà, de la République.

Pour nous, la République, c’est ce qui nous est commun. C’est à la fois notre bien commun, notre territoire commun et notre projet commun. Ce n’est ni un simple régime politique ni la projection dans les institutions des opinions et croyances de la société. La République s’incarne dans un double combat : pour l’émancipation de chacun et contre toutes les dérives, assignations ou discriminations identitaires.

Pour nous, la laïcité est le ciment du contrat social républicain. Elle lie étroitement la liberté de conscience de chacun (puisqu’elle permet à chacun de croire, de ne pas croire ou de ne plus croire, et de le faire de manière totalement libre dans la société), l’égalité de tous devant la loi (puisqu’elle permet de mettre en avant chez chacun d’entre nous le citoyen) et la fraternité (puisqu’elle rend possible la solidarité entre individus et groupes sociaux sans qu’aucun lien particulier ou identitaire permette de privilégier tel ou tel). La laïcité ne se résume pas à la neutralité de l’Etat, elle est une activité vivante et permanente, à travers l’attention et l’action des laïques dans la société, quelles que soient leur origine et leur croyance.

Pour nous, la laïcité est le ciment du contrat social républicain. Pour nous, la nation est à la fois une histoire et un destin communs. C’est le contrat civique et politique qui se noue dans ses grandes heures comme au quotidien, par l’adhésion sans cesse renouvelée de chacun de ses membres à ses principes. Elle ne se conçoit qu’au travers du lien étroit et indéfectible avec la citoyenneté, dans le droit du sol et la souveraineté pleine et entière de la communauté des citoyens qui la composent.

Pour nous, l’universalisme se déduit des aspirations à une humanité commune, des luttes pour la même liberté au sein de chaque peuple, dans chaque société, en faveur de chacun. Il ne vient jamais s’imposer en surplomb et uniformément, partout et à tous.

Pour nous, le combat contre le racisme, l’antisémitisme ou tout autre préjugé à raison du sexe, de l’origine, de la couleur de la peau, de l’orientation sexuelle, de la religion ou de la culture est sans répit ni repos. Toute discrimination à raison de l’identité de la personne est par définition antirépublicaine et antilaïque. Contre l’assignation identitaire, contre l’alibi des différences prétexte à la différence des droits, il y a la République.

Pour nous, le principe de l’égalité entre hommes et femmes et plus encore le combat permanent pour sa réalisation effective sont au fondement des sociétés modernes. Ils ne sauraient être remis en cause pour des raisons de coutume, de croyance ou d’opinion.

Pour nous, c’est le Printemps républicain !

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 00:50

Un petit texte retrouvé dans mes notes :

Sans instruction, on ne peut « établir entre les citoyens une égalité de fait » ; sans instruction, les citoyens ne peuvent jouir effectivement des libertés que leur garantit la Constitution : « Vainement aura-t-on déclaré que les hommes ont les mêmes droits ; vainement les lois auraient-elles respecté ce premier principe de l'éternelle justice, si l'inégalité dans les facultés morales empêchait le plus grand nombre de jouir de ces droits dans toute leur étendue », écrit Condorcet dans son Premier mémoire sur l'instruction publique.


L'école républicaine doit reposer sur trois principes :
- Première proposition : l'école a pour fin la liberté.
- Deuxième proposition : il n'est pas de liberté possible sans instruction.
- Troisième proposition : l'instruction consiste en une transmission raisonnée des savoi
rs.

La première proposition présuppose qu'un citoyen libre est un citoyen éclairé. Elle a pour implication l'universalité de l'école : si la liberté est la première fin que doit viser le politique, alors tous les individus devront être instruits. De là découle la nécessité de créer une instruction publique : si l'instruction est un droit-créance, alors l'école doit exister comme une institution placée sous l'égide de l'autorité publique.

La seconde proposition présuppose que l'ignorance est une source d'aliénation. Si l'école doit instruire, c'est parce que le savoir est en lui-même libérateur : il libère de la tutelle de ceux qui savent et qui pourraient profiter du pouvoir que leur confère le savoir.

La troisième proposition présuppose que tout savoir n'a pas à faire l'objet d'une instruction : il y a des savoirs qui ne sont pas du ressort de l'école, cette dernière devant privilégier ceux dont la maîtrise permet d'envisager tous les champs de la connaissance.

De ces trois propositions découle la conséquence suivante : le lieu naturel de l'école est la classe. L'instruction suppose en effet un lieu à l'abri des bruits du monde et dans lequel les savoirs peuvent être déployés en vertu de leurs principes, selon un ordre rationnel.

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 10:58
L'exemple grec

On ne devient pas intelligent grâce à l’expérience des autres : certes !

On peut cependant ne pas être complément aveugle et sourd à ce qui se passe dans le monde.

A propos de la réforme du code du travail, Alexis Tsipras, premier ministre grec nous alerte : "Cette logique a été imposée en Grèce… et cela a ramené au Moyen-Âge les relations du travail. Tous ceux qui veulent imposer ce genre de réforme doivent réfléchir et peut-être étudier le cas grec". Pour exemple, en novembre 2015, l'économie grecque s'est effondrée. Malgré les promesses de reprise économique, le tourisme et la consommation sont toujours en baisse. "À chaque fois qu'on a instauré ce genre de politique de flexibilité, les résultats ont été catastrophiques", a-t-il prévenu, ironisant sur les effets de ces mesures économiques: "En aucun cas, cela ne renforce la compétitivité de nos économies. Sinon, le Bangladesh aurait la meilleure économie du monde !"

A bon entendeur !

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 12:21

La commission des lois du Sénat vient de réécrire l’article 2 du projet de loi constitutionnelle. La déchéance de nationalité ne s’appliquerait plus qu’aux Français binationaux écartant, très raisonnablement, la création d’apatrides. Cette rédaction est très éloignée des compromis peu glorieux intervenus à l’Assemblée nationale et rend donc improbable la réunion d’une majorité des 3/5 au Congrès.

Le Président de la République récolte ce qu’il a semé en lançant cette révision à chaud. Sa première erreur a été de céder aux sirènes de la Constitution-Sarkozy en s’exprimant à Versailles devant le Parlement réuni en Congrès. La solennité l’obligeait à une grande annonce…très mauvais choix. La solennité du discours interdisait la délibération collective alors que très vite des critiques légitimes ont été formulées. Le « Serment de Versailles » a rendu impossible une discussion rationnelle et a ouvert aux marchandages et aux manœuvres.

La France meurtrie en 2015 mérite mieux qu’un débat sans fin sur une mesure symbolique et nuisible. A l’issue du vote du Sénat la semaine prochaine, j’invite le Président à retirer l’article 2 de ce projet de révision constitutionnelle.

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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 22:12

Le procès verbal de la séance du 4 février du conseil communautaire vient de me parvenir.

J’y relis avec amusement la réponse qu’a faite le président aux propos que je tenais alors dans le cadre du débat d’orientation budgétaire. J’observais que les orientations proposées « favorisent manifestement un des pôles de l’agglomération au détriment d’un équilibre de l’intervention sur des opérations qui seraient communes à l’ensemble du territoire. (Par exemple, 85,57% de la programmation prévue en matière culturelle se concentre sur Valence.)

Je cite ses propos : « je dois vous dire que j’ai eu longtemps beaucoup d’estime pour vos interventions au début des années 2000, où je trouvais qu’il y avait une honnêteté intellectuelle systématique, pointue et même de temps en temps vous appuyiez là où ça faisait mal et là, je dois dire que je suis extrêmement surpris par la nature de votre intervention. Si l’élu valentinois que vous êtes se plaint qu’il y ait trop d’investissements à Valence,… je vous laisse cette responsabilité. »

Je souris parce que, au début des années 2000, la cible de mes interventions était le maire de l’époque, Patrick Labaune et qu’il ne déplaisait pas à N. Daragon que celui-ci soit parfois mis en difficulté. Le jeune homme pensait déjà à son avenir qu’il a construit en écartant son concurrent de l’investiture aux dernières municipales. Aujourd’hui que c’est lui qui est en première ligne, il apprécie beaucoup plus modérément mes critiques.

Par ailleurs, s’agissant des investissements et de leur localisation, je n’oublie pas que l’agglomération n’est pas une structure au service de sa ville centre, mais que le travail d’un élu est bien de veiller à l’équilibre du développement de toutes les communes qui la composent. C’est peut-être là une différence notable entre sa conception de la coopération intercommunale et la mienne.

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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 07:56

Jean-Marie Le Guen secrétaire d'État, chargé des relations avec le Parlement s'est exprimé à propos des manifestations contre la proposition de loi El Khomri.

"Je ne pense pas que cela fait la démonstration du refus du projet de loi", a-t-il expliqué. "Nous regardons les choses avec beaucoup de sérénité", a-t-il ajouté.

500 000 personnes dans la rue... ça ne fait pas démonstration ?

Il est vrai qu'en 2005, 15 449 508 de Non au projet de "Constitution européenne, soit 54,67 % des votants, ne signifiait pas le refus de la dite Constitution. Alors, 500 000 personnes dans la rue... ça ne peut que compter pour rien !

Sourds et aveugles !

Où vont nos gouvernants ?

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 10:13

Cessons de parler du 8 mars comme de la journée de LA femme, car la femme n'existe pas. On peut en vain la chercher dans la littérature, les arts, l'histoire, le monde contemporain... on ne trouve que DES femmes, toutes différentes dans leurs personnalités, leurs comportements, leurs pensées. Pourquoi tant de diversité ? La raison tient au fait qu'elles ont toutes des cerveaux différents... Grace aux techniques d'imagerie cérébrale par IRM, on sait désormais que le cerveau se construit en interaction avec le monde environnant. De nouvelles connexions entre les neurones se fabriquent tout au long de la vie en fonction des expériences et des apprentissages. On parle de "plasticité cérébrale" pour décrire cette capacité du cerveau humain à se façonner selon l'histoire propre à chacun. Il en résulte qu'aucun cerveau ne ressemble à un autre. L'IRM a révélé que les différences cérébrales entre les personnes d’un même sexe sont tellement importantes qu'elles dépassent les différences entre les sexes. Les vieux préjugés d’un déterminisme biologique inné des différences d’aptitudes et de comportements entre les femmes et les hommes ne sont plus défendables. Rien n’est à jamais figé ni programmé dans le cerveau depuis la naissance. C’est une véritable révolution pour la compréhension de l’humain.

La plasticité cérébrale apporte un éclairage nouveau sur les processus qui contribuent à forger nos identités. A la naissance, le petit humain n’a pas conscience de son sexe. Il va l’apprendre progressivement à mesure que ses neurones se connectent et que ses capacités cérébrales se développent. Ce n'est qu'à partir de l'âge de deux ans et demi que l'enfant devient capable de s'identifier au féminin ou au masculin. Or depuis la naissance, il évolue dans un environnement sexué : la chambre, les jouets, les vêtements différents selon le sexe de l'enfant. De plus, les adultes, de façon inconsciente, n’ont pas les mêmes façons de se comporter avec les bébés. Ils ont plus d’interactions physiques avec les garçons, alors qu’ils parlent davantage aux filles. C'est l'interaction avec l'environnement familial, social, culturel qui va orienter les gouts, les aptitudes et forger certains traits de personnalité en fonction des modèles du féminin et du masculin donnés par la société dans laquelle l'enfant est né.

Mais tout n'est pas joué pendant l'enfance. Les schémas stéréotypés ne sont pas gravés dans les neurones de façon immuable. À tous les âges de la vie, la plasticité du cerveau permet de changer d'habitudes, d'acquérir de nouveaux talents, de choisir différents itinéraires de vie. La diversité des expériences vécues fait que chacun de nous va forger sa propre façon de vivre sa vie de femme ou d'homme.

Or malgré les progrès scientifiques sur la plasticité cérébrale, l'argument des différences de « nature » est toujours bien présent pour expliquer les différences entre les femmes et les hommes dans la vie sociale et privée. L'environnement médiatique contemporain contribue activement à renforcer la biologisation des comportements humains. Télévision, presse écrite, sites internet nous abreuvent régulièrement de "découvertes" scientifiques qui expliqueraient nos émotions, nos pensées, nos actions : gène de l'homosexualité, hormone de la fidélité, neurones de l'empathie etc. Ce contexte est forcement propice à la promotion des thèses essentialistes orchestrées par les mouvements conservateurs qui s’opposent aux nouvelles formes de la famille, au mariage des couples homosexuels, à la légalisation de l’avortement etc.

Ces idées ont des implications sociales et politiques lourdes de conséquences. Affirmer qu'il est plus naturel pour une femme que pour un homme de s’occuper de ses enfants à cause des hormones ou des gènes, c'est remettre en cause les lois sur l’égalité, les congés parentaux, la légalisation de l’homoparentalité. C'est aussi freiner les ambitions professionnelles des femmes, encourager leur travail à temps partiel qui va de pair avec des salaires réduits. Prétendre que la testostérone donne aux hommes plus d'appétit sexuel que les femmes, ou encore que la violence résulte de pulsions hormonales irrépressibles, conduit à accepter cette violence comme inéluctable et remettre en cause les lois réprimant le harcèlement sexuel et les violences faites aux femmes.

Dans ces débats de société, il est crucial que les biologistes s'engagent pour remettre en cause les fausses évidences qui voudraient que l'ordre social soit le reflet d'un ordre biologique. Si les filles et les garçons ne font pas les mêmes choix d'orientation scolaire et professionnelle, ce n'est pas à cause de différences de capacités cognitives de leur cerveau. Si les femmes ont la charge des taches domestiques et des enfants, ce n'est pas à cause d'un instinct maternel naturel. Si les femmes sont victimes de violences, la faute n'est pas à la testostérone qui rendrait les hommes agressifs. Aborder de front les préjugés essentialistes est indispensable pour combattre les stéréotypes, mener des actions politiques et construire ensemble une culture de l'égalité.

Catherine Vidal - Neurobiologiste,

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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 12:41
Où va-t-on ?

On peut dire que François Hollande a le sens de l’opportunité

A deux jours de la journée mondiale des droits des femmes, il a décoré de la légion d’honneur le ministre de l’Intérieur saoudien, Mohammed ben Nayef, prince héritier de l’Arabie Saoudite.

La légion d’honneur sert, en principe, à récompenser ceux qui "œuvrent au développement de la France, à son rayonnement", et "à sa défense."

Avec 70 exécutions capitales en trois mois, le ministre de l’intérieur saoudien répond évidemment à ces critères.

A moins que cette récompense ne vise à le féliciter pour l’action de la police religieuse saoudienne, chapeautée par le Comité pour le commandement de la vertu et la répression du vice, qui a ordonné à la direction du café d’interdire l’accès aux femmes après avoir constaté, lors d’une « inspection de routine », l’absence de « mur de ségrégation », obligatoire dans tous les restaurants, cafés et magasins saoudiens .(Selon le quotidien britannique The Independant,)

Recevoir un ministre étranger : certes. Diplomatie oblige. Le décorer ?

On est en train de perdre la tête… et l’honneur.

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