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  • : Le blog de bouchet
  • : G. Bouchet la vie muncipale de Valence. Des réflexions sur la vie politique locale, départementale, nationale.
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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 11:46

La portée de l’alliance Dupont-Aignan / Le Pen dépasse largement le cadre de la seule élection présidentielle.

Elle installe le F.N comme un partenaire de plein exercice du jeu démocratique qui définit les conditions d’accès au pouvoir. Jusqu’ici en effet, aucun parti n’avait accepté de considérer que le FN avait sa place dans le mécanisme classique qui consiste à conclure des alliances et des compromis entre partis concurrents pour constituer des majorités de gouvernement. « Debout la France » a balayé ce tabou. Pour la première fois, le FN est considéré par un leader politique comme un potentiel parti de gouvernement.

Si la politique d’austérité menée ces dernières années - et qui a conduit à la montée du FN – devait se poursuivre et pousser ainsi un peu plus les français vers les extrêmes, ont pourrait voir les accords de gouvernement FN/DLF s’élargir à d’autres partenaires de droite que la levée du tabou anti-FN déculpabilise et inciterait à se dévoiler. La porte s’ouvrirait ainsi à des gouvernements auxquels l’extrême droite pourrait participer.

La perspective jette un froid !

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commentaires

glb 29/04/2017 20:12

Pour une meilleure lisibilité voici le lien de l'interview de C.Guilluy sur le seul site où j'ai pu la trouver:
http://www.atlantico.fr/decryptage/christophe-guilluy-posture-anti-fasciste-superiorite-morale-france-en-haut-permet-en-realite-disqualifier-tout-diagnostic-social-3031677.html

Bouchet 29/04/2017 20:51

Merci pour ce long texte très éclairant.
reste la question concrète : dimanche prochain : que faire ?

glb 29/04/2017 20:08

Christophe Guilluy : "La posture anti-fasciste de supériorité morale de la France d'en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social"

La qualification pour le second tour d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen a mis en exergue la défiance de plus en plus forte des Français vis-à-vis de la politique et des partis traditionnels. Pour éviter l’arrivée au pouvoir de partis populistes, les élites politiques, intellectuelles et médiatiques seraient bien inspirées de se reconnecter avec les classes populaires.
Le premier tour de l'élection Présidentielle a permis à Emmanuel Macron et à Marine Le Pen d'être qualifiés pour le second tour. Sur le temps long, comment juger un tel bouleversement politique ? En quoi la qualification promise de Marine Le Pen dans les sondages a-t-elle pu participer à l'émergence du mouvement en Marche ! ?

Ce qui est intéressant, c'est que les deux candidats sont ceux qui se positionnent en dehors du clivage gauche-droite. Ceux qui ont été identifiés à droite et à gauche, issus des primaires, ne sont pas au second tour. La structure n'est plus le clivage gauche / droite. Le clivage qui émerge est lié complètement au temps long, c’est-à-dire à l'adaptation de l'économie française à l'économie monde. Dès 1992, avec Maastricht, ce clivage était apparu, avec la contestation d'un modèle mondialisé. Si on veut remonter plus loin, les causes sont à chercher dans le virage libéral, qui est le basculement des sociétés occidentales dans le néolibéralisme.
C'est une logique ou les sociétés vont se désindustrialiser au profit de la Chine ou de l'Inde par exemple. Cela est aussi vrai avec Donald Trump ou le Brexit, qui nait de la financiarisation de l’économie américaine sous Clinton et du thatchérisme.
Ce sont des dynamiques de temps long qui vont avoir un impact d'abord sur les catégories qui sont concernées par ce grand plan social de l’histoire : celui des classes moyennes. Tout cela se fait au rythme de la sortie de la classe moyenne. Logiquement, ce sont d'abord les ouvriers, qui subissent ce processus de désaffiliation politique et culturelle, qui sont les premiers à grossir le nombre des abstentionnistes et à rejoindre les mouvements populistes. Puis, ce sont les employés, les agriculteurs, qui suivent ce mouvement. La désaffiliation aux appartenances s’accentue. Les ouvriers qui votaient à gauche se retrouvent dans l'abstention ou dans le vote Front national, c'est également le cas aujourd'hui du monde rural qui votait à droite.
Ce que l'on constate, c'est que l'effet majeur de la disparition des classes moyennes est de mettre hors-jeu les partis traditionnels. Parce que le Parti socialiste ou Les Républicains ont été conçus pour et par la classe moyenne. Or, ces partis continuent de s'adresser à une classe moyenne qui n'existe plus, qui est mythique. Il ne reste plus que les retraités, cela a d'ailleurs été le problème de François Fillon, qui a perdu par son incapacité à capter le vote de la France périphérique, ces gens qui sont au front de la mondialisation. Il ne capte que ceux qui sont protégés de la mondialisation ; les retraités. C'est le même constat à gauche, dont le socle électoral reste la fonction publique, qui est aussi plus ou moins protégée de la mondialisation. Nous parlons d'électorats qui se réduisent d'année en année, ce n'est donc pas un hasard que les partis qui s'adressent à eux ne parviennent plus à franchir le premier tour.
C'est aussi ce qui passe en Europe, ou aux États Unis. Les territoires populistes sont toujours les mêmes, l'Amérique périphérique, l'Europe périphérique. Ce sont toujours ces territoires où l'on créé le moins d'emplois qui produisent ces résultats : les petites villes, les villes moyennes désindustrialisées et les zones rurales
La difficulté est intellectuelle pour ce monde d'en haut ; les politiques, les journalistes, les universitaires etc… Il faut penser deux choses à la fois. Objectivement, nous avons une économie qui créée de la richesse, mais ce modèle fonctionne sur un marché de l'emploi très polarisé, et qui intègre de moins en moins et créé toujours plus d’inégalités sociales et territoriales C'est ce qui a fait exploser ce clivage droite gauche qui était parfait, aussi longtemps que 2 Français sur 3 faisaient partie de la classe moyenne. Si on n'intègre pas les gens économiquement, ils se désaffilient politiquement.

Dès lors, peut-on parler de système "réflexif" ? Entre un Front national qui a pu émerger dans les années 80, aussi bien sur la base du "surgissement" du chômage de masse que sur les questions migratoires, jusqu'à la présence de Jean Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002, et l'émergence d'un mouvement cherchant à dépasser le clivage droite gauche au travers d'Emmanuel Macron ?

C'est son modèle inversé. Emmanuel Macron comme Marine Le Pen ont fait le constat que cela ne se jouait plus autour du clivage gauche / droite. Ils ont pris en compte la polarisation de l'économie, entre un haut et un bas, et sans classes moyennes. Dans ce sens-là, l'un est la réponse de l'autre.

Géographiquement, et sociologiquement, en quoi le mouvement En Marche ! se définit il en miroir du Front National ?

Géographiquement, c’est l’opposition entre la France des métropoles et la France périphérique qui structure le match Emmanuel Macron/ Marine Le Pen. On a déjà pu voir quelques cartes sur l'opposition est ouest, mais ce clivage est ancien, hérité, il ne dit rien des dynamiques en cours. Lorsque j'étais étudiant ces cartes est ouest existaient déjà, elles expriment l'héritage de l'industrie, et donc de la désindustrialisation. C'est là où il y a le plus de chômage, de pauvreté, d'ouvriers, et le plus de gens qui votent FN. Ce qui est intéressant, c'est de voir les dynamiques. C'est en zoomant à partir des territoires qui créent le plus d'emplois et ceux qui en créent le moins. Par exemple, en Bretagne, ou Marine Le Pen fait 6% à Rennes, et 20% dans les zones rurales. C'est toujours un distinguo entre les dynamiques économiques. Aujourd'hui les classes populaires ne vivent plus aux endroits où se créent les emplois et la richesse.
Le marché de l'immobilier s'est chargé, non pas dans une logique de complot, évidemment, mais dans une simple logique de marché, de chasser les catégories dont le marché de l'emploi n'avait pas besoin. Ces gens se trouvent déportés vers les territoires où il ne se passe rien. Or, les élites n'ont de cesse de parier sur la métropolisation, il est donc nécessaire que s'opère une révolution intellectuelle. Il serait peut-être temps de penser aux gens qui ne bénéficient pas de ces dynamiques, si on ne veut pas finir avec un parti populiste en 2022.

En perdant une partie de leurs bases, la gauche avec les ouvriers, la droite avec les agriculteurs, les partis de gouvernement semblent s'être détournés des classes populaires. Quelles sont les conditions permettant une "normalisation" de la situation, dont l'objectif serait de récréer des partis de masse ?

Tout le bas ne peut pas être représenté que par le Front national. Il faut que les partis aillent sur ces thématiques. Il y a toujours eu un haut et un bas, et des inégalités, la question est qu'il faut que le haut soit exemplaire pour le bas, et qu'il puisse se connecter avec le bas. Il faut que le "haut" intègre les problématiques du "bas" de façon sincère. C'est exactement ce qui s'était passé avec le parti communiste, qui était composé d'une base ouvrière, mais aussi avec des intellectuels, des gens qui parlaient "au nom de". Aujourd'hui c'est la grande différence, il n'y a pas de haut qui est exemplaire pour le bas. La conséquence se lit dans le processus de désaffiliation et de défiance des milieux populaires dans la France périphérique mais aussi en banlieues.
Plus personne n'y croit et c'est cela l'immense problème de la classe politique, des journalistes etc. et plus généralement de la France d’en haut. Ces gens-là considèrent que le diagnostic des gens d'en bas n'est pas légitime. Ce qui est appelé "populisme". Et cela est hyper fort dans les milieux académiques, et cela pèse énormément. On ne prend pas au sérieux ce que disent les gens. Et là, toute la machinerie se met en place. Parce que l'aveuglement face aux revendications des classes populaires se double d’une volonté de se protéger en ostracisant ces mêmes classes populaires. La posture de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social. La nouvelle bourgeoisie protège ainsi efficacement son modèle grâce à la posture antifasciste et antiraciste. L'antifascisme est devenu une arme de classe, car elle permet de dire que ce racontent les gens n'est de toute façon pas légitime puisque fasciste, puisque raciste. La bien-pensance est vraiment devenue une arme de classe. Notons à ce titre que dans les milieux populaires, dans la vie réelle les gens, quels que soient leurs origines ne se parlent pas de fascisme ou d'antifascistes, ça, ce n'est qu'un truc de la bourgeoisie. Dans la vie, les gens savent que tout est compliqué, et les gens sont en réalité d'une hyper subtilité et cherchent depuis des décennies à préserver leur capital social et culturel sans recourir à la violence. Le niveau de violence raciste en France reste très bas par rapport à la situation aux États Unis ou au Royaume Uni.
Cette posture antifasciste, à la fin, c'est un assèchement complet de la pensée. Plus personne ne pense la question sociale, la question des flux migratoires, la question de l'insécurité culturelle, celle du modèle économique et territorial. Mais le haut ne pourra se régénérer et survivre que s'il parvient à parler et à se connecter avec le bas. Ce que j'espère, c'est que ce clivage Macron Le Pen, plutôt que de se régler par la violence, se règle par la politique. Cela implique que les partis intègrent toutes ces questions ; mondialisation, protectionnisme, identité, migrations etc… On ne peut pas traiter ces questions derrière le masque du fascisme ou de l'antifascisme.

c'est un extrait d'une interview de C Guilluy publiée sur Atlantico,seul site où j'ai pu la trouver.

Pikov 29/04/2017 13:48

C'est pourquoi on ne peut pas admettre le ni-ni de Mélenchon dans ces circonstances historiques inédites. Il a une responsabilité et il ne peut pas y échapper. Il doit sortir de sa planque et faire de la pédagogie auprès de ses électeurs déboussolés qui l’ont suivi, qui l’écoutent et portent une attention très importante à sa parole. Ils sont de plus en plus nombreux à se diriger vers un vote muet ou vers l'abstention faute de consigne claire. Je ne crois pas que les électeurs de Mélenchon iront vers le vote Le Pen, mais le non choix de Mélenchon pousse ses électeurs à ne pas choisir et à ne pas prendre leurs responsabilités. S'il ne se décide pas à exprimer clairement son choix et à prévenir le danger extrémiste qui nous guette, s'il continue à minimiser les enjeux et à mettre sur le même plan Le Pen et Macron, alors sa parole politique ne vaudra plus rien par la suite. Il n'aura plus aucun crédit auprès des républicains de gauche parce qu’il aura manqué le rendez-vous républicain et il ne sera plus légitime pour les représenter ou pour fonder une nouvelle république. Et si son calcul politique est de laisser passer Le Pen pour créer une situation chaotique dans le pays, tous les électeurs de gauche, socialistes, écologistes, radicaux ou communistes, tous ceux qui sont issus du pacte républicain du CNR ne lui pardonneront jamais sa faute.
Ce n’est pas seulement la politique de Hollande qui conduit les électeurs à voter Le Pen, ce raisonnement est trop simplificateur. La montée et l’installation du FN dans le paysage politique français date de l’époque de Mitterrand. Il y a toujours eu des résurgences populistes, royalistes ou nationalistes dans ce pays depuis la troisième république. Petit à petit, avec son discours populiste encourageant la colère –terreau fertile sur lequel prospère les populismes- et ses solutions simplistes et avec sa nouvelle cheffe présentant un visage plus respectable en apparence, ce parti a gagné en crédibilité auprès d’électeurs inquiets par le sentiment de déclassement social et de perte d’identité. Il faut donc refaire tout un travail de pédagogie dont se dispensent trop d’hommes politiques. Rappeler d’où vient ce mouvement politique extrémiste et réaffirmer quel est le sens politique du cadre constitutionnel républicain est urgent.
Il faut appeler au rassemblement de l'ensemble des républicains, Gérard. Marine Le Pen peut gagner. Contrairement aux apparences ou aux idées toutes faites, l’élection de Macron n’est pas acquise. Rien n’est fait, les sondages, s’ils ont été justes pour le premier tour, peuvent se tromper pour le second. Si le nombre d’abstentionnistes ou de votes blancs est trop important, soit parce que certains considèreront que la victoire de EM est acquise, soit parce que le choix –pourtant clair entre l’abject et le rassemblement des républicains- leur paraît impossible à faire et qu’en face vous avez une France en colère qui sans être frontiste se mobilise en faveur de la candidate FN … alors vous avez la possibilité d’une victoire sur le fil du rasoir de Marine Le Pen.
http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/un-chercheur-explique-comment-avec-l-abstention-inavouee-le-pen-peut-gagner_1902357.html
Prenons bien conscience de l’enjeu réel et arrêtons de nous mentir, de trouver des explications là où il n’y a pas lieu d’en chercher. C’est pourquoi Mélenchon a une responsabilité historique à laquelle il ne peut échapper en s’en dédouanant. Il ne peut pas se désintéresser de notre avenir avec une telle indifférence et afficher ce mépris pour la démocratie quant on porte autant d’attention à sa parole.
Luttons contre ce discours nauséabond, les préjugés, les clichés et les attaques faciles contre Emmanuel Macron qui rappellent trop les années 30. Non Emmanuel Macron n’est pas l’égal de Marine Le Pen. S’il l’a été, il n’est pas qu’un banquier qui se comporterait comme un rapace qui serait à la botte des marchés financiers. Ce procès ignoble est écœurant dans ces circonstances. Macron est dans la tradition politique du centre-gauche. Même s’il a le désavantage pour vous d’être sur une ligne social-libérale, ce n’est pas la même chose que la ligne frontiste dont les liens avec les partis les plus dangereux est évident, réel. On ne peut donc pas les mettre à égalité. Les projets de l’un et de l’autre sont radicalement différents. L’un veut rassembler quand l’autre veut diviser les Français. Il y a bien deux camps : ceux qui sont attachés au cadre républicain qui nous permet de cohabiter tous ensemble pour faire vivre cette démocratie et ceux qui sont pour la rupture avec notre Histoire, pour l’aventure politique et une nouvelle forme de guerre civile.
Ce qui serait très inquiétant pour l’avenir de notre pays c’est que ceux qui sont censés se reconnaître dans le pacte et la famille républicains ne soient plus en capacité de faire la distinction entre ces deux mouvements.