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  • : G. Bouchet la vie muncipale de Valence. Des réflexions sur la vie politique locale, départementale, nationale.
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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 10:38

L’Observatoire de la laïcité 26/07, dont j’apporte aujourd’hui le salut à vôtre congrès national, est né de l’inquiétude d’un certain nombre de citoyens Drôme/Ardéchois devant les entorses, multiples et répétées, aux principes fondamentaux de la laïcité dont se rendent coupables, dans l’exercice de leur fonction, certains élus républicains de nos départements dont la fonction devrait, au contraire, les engager à une grande vigilance et une extrême rigueur dans ce domaine.

Ces entorses, dont on nous explique souvent, pour tenter de les justifier, qu’elles relèvent d’une tradition -- je pense, par exemple, à la présence es qualité des autorités civiles aux cérémonies de la sainte Barbe ou de la sainte Geneviève – ou de la simple courtoisie : présence des mêmes aux fêtes de l’anniversaire du Bouddha ou à la rupture du jeûne lors du Ramadan – ces entorses, qui en réalité procèdent la plupart du temps d’un pur et simple opportunisme électoral, participent à la tentative qui se développe aujourd’hui de réinstaller le religieux au sein de la vie civile. L’archevêque de Rouen n’a-t-il pas récemment, au cours d’une cérémonie religieuse d’hommage à une victime du terrorisme que la France avait eu tort de tenter d’écarter le religieux de la vie civile" On a essayé de mettre la religion uniquement dans la sphère privée et c'est une erreur " a-t-il précisément dit dans son homélie.

Les vaincus de 1905 – et leurs nouveaux amis -n’ont pas renoncé à prendre leur revanche et tentent de retrouver la place dont les a privé le choix fait par les républicains il y a maintenant un peu plus d’un siècle – choix désormais inscrit dans notre constitution - de faire de la laïcité, c’est-à-dire de la stricte indépendance de la sphère publique à l’égard de toute forme d’expression religieuse, un des principes de base de l’organisation de notre communauté nationale.

« Les religions chez elles et l’Etat chez lui » : ils sont encore nombreux ceux qui n’admettent pas ce principe simple qui seul peut garantir un vivre ensemble harmonieux dans des sociétés de plus en plus diverses et j’oserai dire de plus en plus métisses.

A l’échelle de l’histoire la laïcité est une idée jeune. Nous aurions tort de croire qu’elle est devenue quelque chose d’admis ou même tout simplement de compris par le plus grand nombre. Au cours des nombreux contacts que, depuis notre création, nous avons entretenus avec des publics très divers : maison des jeunes, universités populaires, associations citoyennes, maisons de quartier, élus… nous avons pu mesurer l’Ignorance globale qui est celle de beaucoup d’acteurs de la vie publique de son histoire et de ce qu’elle est authentiquement. Elle est l’objet de contresens tragiques. Un des plus courants aujourd’hui est de la penser comme l’obligation faite à l’Etat de faciliter la liberté religieuse alors que c’est bien la liberté de conscience que proclame la loi de 1905, liberté qui ne s’épuise pas dans la seule liberté de pratiquer la religion de son choix, mais postule l’égale dignité des athées, des agnostiques et des croyants, égalité que l’Etat doit reconnaître et faire respecter en n’accordant à personne quelque privilège que ce soit qui serait fondé sur une reconnaissance de fait de l’utilité publique de quelque forme de religiosité que ce soit.

Le temps du Concordat et du régime des religions reconnues qui recevraient des financements publics doit être définitivement révolu. Nous sommes de ceux qui dénoncent et qui dénonceront toutes les velléités de restaurer ce type de pratiques ou de statut sous des formes directes ou masquées. Chacun ici voit à quoi je fais allusion.

La laïcité n’est pas non plus l’œcuménisme comme on voudrait trop souvent donner à la croire en prenant acte de la volonté de présence de plus à plus affirmée du religieux dans l’espace publique ; L’œcuménisme est l’affaire des religions. L’affaire de la laïcité est ailleurs. Elle n’est pas religion. C’est elle qui rend possible l’exercice des religions, de toutes les religions, dans le cadre d’une société apaisée.

Alors, que faire ?

Dans un contexte rendu difficile pour le projet laïque par un contexte international et national extrêmement préoccupant, les amis de la laïcité doivent retrousser les manches.
Ils doivent d’abord débattre entre eux pour dépasser les divergences d’appréciation qui apparaissent parfois dans l’analyse de certaines situations, divergences que leurs adversaires communs ne manquent pas d’exploiter et qui fragilisent les conditions de défense de principes dont la mise en œuvre nous paraît la condition d’organisation d’une société respectueuse des convictions de chacun tout en permettant la coexistences des diversités.

Ils doivent ensuite relancer le travail d’éducation populaire, ce que nous tenons de faire avec nos conférences, groupes de travail…

Vous ne m’en voudrez pas, de rappeler ici, ce qui constitue pour vous tous, pour nous tous, une évidence. Dans ce combat pour défendre et promouvoir la laïcité, il y a une tâche essentielle qui est la lutte contre tous les obscurantismes. Condorcet nous a tracé la voie : Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaines auraient été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d'utiles vérités ; le genre humain n'en resterait pas moins partagé en deux classes, celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves». L’exercice concret de la liberté réside en effet dans cet acte fondamental qui consiste à n’être déterminé par aucune volonté extérieure qui nous dicterait un comportement. Une conduite, fut-elle juste, si elle est adoptée par obéissance à une loi imposée est le contraire de la liberté. La servitude, même volontaire, est, et reste, une servitude. Seul l’exercice permanent de la raison, dont chacun est porteur, peut conduire à l’autonomie de penser et d’agir et donc faire d’un être un être libre. La liberté ne peut pas faire l’économie de l’exercice d’une pensée qui interroge, qui questionne, qui débat et qui fait des choix.

Le mouvement libre penseur s’inscrit évidemment dans cette dynamique.
Je suis heureux de lui apporter le salut de notre modeste association en vous souhaitant bon et fécond congrès.

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